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| (c) Photo Pascal Djmoguinan |
Jusque
tout récemment moi j’ignorais complètement qu’avoir accès à l’électricité en
permanence était possible. Sérieux ! Ne riez pas svp. C’était en 20…, je
ne me souviens plus bien de l’année mais qu’importe. Le Grand Camarade était en
tournée au Sud du Tchad. Et comme à l’accoutumée, il procéda avec ses
partenaires à l’inauguration de quelques infrastructures : bitumage des
routes par-ci, constructions des écoles, hôpitaux et électrification de la
ville par là.
Je
me souviens encore de cette foule en liesse arborant des pancartes sous cette chaleur de plomb. Je lisais sur les banderoles IDI, TOUTE LA
POPULATION DU MANDOUL VOUS SOUHAITE LA BIENVENUE,IDI L’INFATIGABLE BATISSEUR, LONGUE
VIE A NOTRE PRESIDENT ; TOUS DERRIERE IDI POUR CONSTRUIRE L’AVENIR, etc. Les
gens dont j’entendais à la veille encore critiquer le Grand Sultan au cabaret
étaient au premier plan. Ceux qui sont prêts à en découdre avec lui s’il lui
arrivait de se balader dans notre Axe Lourd sans gardes du corps. En tout cas Deby n’est pas quand même dupe
hein. Il fait ses tournées comme s’il part en guerre ; une occasion pour
lui de dissuader les ennemis du développement (officiellement) mais en réalité
les convoiteurs de son trône ; les rebelles et les malheureux
conspirateurs.
Au
fait que cherchaient ces gens venus nombreux accueillir le Prési ?
N’hésitez pas un instant, leur pitance. On les appelle vulgairement
« chercher-manger ». Ces déplacements du Premier-Fils-du-Pays sont des
occasions festives. L’école fermée, le marché, les administrations publiques,
les entreprises, les cabarets, bars et agences de voyage « closed ».
Tout le monde fête, accueille le Président, pour ne pas dire est obligé
d’accueillir le Roi ou de rester à la maison tout le temps que celui-ci mettra
dans la localité. Des journées fériées chômées et, payées seulement pour les
fonctionnaires. En clair, le déplacement du Prési est égal arrêt du circuit
économique, plus de production au profit de la consommation. Je suis en train
de m’éloigner du sujet mais j’y reviens.
Après
le départ du cortège présidentiel et des sempiternelles jérémiades sur le
partage des gratifications du Prési prétendues détournées par les autorités et
les mentors du MPS de Koumra, la vie reprend son cours petit à petit.
Quelques
années plus tard naissent les édifices promus, si si quelques-uns car certains
chantiers sont bloqués (problème d’argent, volatilisation des entrepreneurs,
etc.). Ainsi fut construite la centrale électrique de … Koumra, je veux dire du
Prési car c’est avec son argent à lui, un cadeau qu’il a offert gracieusement. Je n’invente rien, j’ai entendu dire dans les
discours politiques partisans. Mais ce qu’il faut savoir, la construction d’une
chose est une réalité et son fonctionnement en est une autre. La centrale a vu le jour mais
l’électrification de la ville au bénéfice de la population attendrait encore la
pose de sa première pierre. Certains « gawala » faisaient comprendre
qu’il y a manque de carburant, sérieux ? Pays pétrolier ? Une hypothèse
qui n’a pas marché mieux un faux prétexte. Car toutes les fois que le Prési ou
un de ses acolytes revient à Koumra, les lampadaires s’allument miraculeusement
et y restent 24h sur 24. Ah peut-être qu’ils ont dû apporter leur carburant et
technicien ou peut-être encore leur propre moteur.
Je
doute fort mais à ce que je sache, la vie n’est pas vivable dans cette chaleur
ambiante, cette vie et la vue sont inconcevables sans eau courante et
d’électricité pour ces Dignes Fils du pays. Alors qu’à Koumra, la population est
indifférente qu’il n’y ait d’électricité ou pas, tout ce dont le besoin se fait
sentir c’est la charge des téléphones bien assurée déjà d’ailleurs par les
cabines téléphoniques et par les moteurs des pilonnes des compagnies de
téléphonie mobile Tigo et Airtel. Elle se débrouille pas mal sans le
courant, les lampes à piles des Chinois qui pullulent nos
marchés en font l’affaire. Hommage à notre petit château d’eau qui se bat nuit
et jour pour fournir de l’eau courante, mieux que l’eau colorée (rouillée) de
la STE de Sarh, à la population, bien que la couverture ne soit pas totale, et de
l’électricité au centre-ville mais en proie aussi ce dernier temps aux
prédateurs ayant pour bouc émissaire Nandoumyo Fréderic. Et même si le château arrive
à tomber aux mains des détracteurs, les puits sont encore là. Après tout est ce
que vous avez vu déjà un Sar mourir des microbes ou de l’eau sale ? Ce
n’est pas moi qui le dis, c’est un dicton connu de tous.
Ce
que j’ai pu comprendre : à l’arrivée du Prési des pannes irréparables
trouvent des solutions, les robinets asséchés par les coupures redeviennent humides,
la ville laissée dans l’immondice par la mairie renoue avec l’hygiène, les
bâtiments publics délabrés sont repeints, les populations affamées mangent à
satiété. Telle la venue du Messie des temps modernes, les gouverneurs et les
maires s’érigent en des Jean Baptiste pour faire comprendre au Prési qu’ils
font bien leur boulot. Les populations dupes soient-elles, sont exposées au soleil
toute la journée, chantant, dansant et criant juste pour des miettes de riz et
de calebasses bili.
L’arrivée
du Prési, une journée bénie de Dieu, tous les droits fondamentaux du citoyen lambda
sont respectés(droit à l’électricité, à l’eau, à la sécurité et à l’alimentation).
Eh !J’allais oublier les coups de matraques, de baïonnettes de ses sbires
qui détiennent encore le droit de vie et de mort pour peu que l’on s’hasarde sur
le chemin du Prési ou à vouloir lui serrer la main une fois dans sa vie avant
de mourir. Tout ceci prouve que les droits et la liberté, prétendue nous être
offerte le 1er décembre 1990, sont encore détenus par le Prési.
Je
me suis interrogé au fond de moi, ne faudrait-il pas organiser des veillés de
prière pour qu’une visite présidentielle ou ministérielle s’improvise à Koumra afin
que l’électricité et toutes les grâces reviennent pendant quelque temps ?
Sérieux, j’en ai besoin pour me distraire un peu pendant les vacances via les
jeux vidéo, les films. J’oubliais que d’autres en auront besoin pour saisir les
rapports de leurs travaux de recherche, de stage et pour bien d’autres fins
utiles. Le groupe électrogène n’étant pas à la bourse de tout le monde et le
prix du carburant toujours onéreux, si l’électricité arrivait à être permanente pourquoi
ne pas monter une petite entreprise (secrétariat informatique, Restaurant
moderne) ? Bref, j’ai peur depasser tout mon temps entrain de soulever le
coude dans les cabarets de l’Axe Lourd et les bars par désespoir ou par manque
de distraction.Vous me diriez, il faut rejoindre les parents aux champs… Là-bas
encore c’est grave, chaque année je vois les paysans déprimés, voyant tout leur
espoir de l’année s’envoler, à la suite de la dévastation de leurs champs par
le troupeau de bœufs des éleveurs. Qu’ont-ils eu en retour ? Des amendes arbitraires à
payer ou des plaintes classées sans suite de la part des chefs de brigade.
En
attendant que mes peines soient apaisées, l’espoir me maintient debout. Et ce
qui est sûr, un jour on vivra la « vraie vie » avec de l’eau potable,
de l’électricité et bien d’autres choses.
ALLAH-NDIGTA
David

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