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mardi 1 octobre 2013

Mon Chemin de croix sur Yaoundé

« Tant que le crapaud n’a pas touché à l’eau chaude, il ne sait pas s’il existe deux sortes d’eau, l’eau chaude et l’eau fraîche ». Tel fut mon cas, lors de mon voyage de N’djamena à Yaoundé. Après trois jours de voyage épuisant, que ne fut-il pas ma surprise quand j’espérai arriver à destination pour me reposer ?

En effet, c’était le vendredi 27 septembre 2013 vers six heures du matin à 130 km de Yaoundé que notre calvaire commença. Le bus qui nous transportait fut un arrêt pour le contrôle de la gendarmerie. Deux hommes en treillis survinrent par la suite et nous lancèrent « contrôle mixte gendarmerie police ». Sans vérification d’identités, les papiers de certains passagers furent confisqués : cartes d’étudiants, laissez-passer, carte de séjour. Nous étions 19 personnes, tous des étudiants tchadiens. Nous voici au poste de contrôle pour la énième formalité. La surprise ne fait que continuer, avant que le gendarme ne s’assied sur le banc, on entendit : « vous êtes des tchadiens, que chercher vous en masse au Cameroun ? Après avoir mis le feu sur la Centrafrique, vous voulez reproduire le même scenario au Cameroun ? Sachez que vous n’êtes pas des modèles en Afrique centrale. N’existe-t-il pas des universités chez vous ? » Après nous avoir adressé des paroles haineuses à la suite desquelles je m’attendais à un rapatriement ou un mandat de dépôt en prison, le chef de poste nous ordonna de payer 1000 FCFA par personne pour qu’on puisse nous libérer. Ce n’est rien pour les riches que vous êtes, se plaisait-il d’ajouter.
Quel riche se peinerait à voyager avec un bus pour se fatiguer ? Pire, de venir au Cameroun au lieu d’aller aux Etats unis, au Canada ou en France ? Ainsi, les « riches pingres » que nous sommes cherchaient à savoir pourquoi nous devons payer les 1000FCFA par personne. Et à quoi vont-ils servir ? C’était de trop, nous n’avons pas payé de pot de vin. D’ailleurs, il n’eut pas des réponses à nos questions. Et la situation se dégrada. Les gendarmes descendirent nos bagages et l’ordre fut donné au chauffeur de continuer son chemin sur Yaoundé. Un ami camerounais, en voulant prendre notre défense, fut sérieusement bastonné. Oh le pauvre ! Il a été retenu environ une heure avant d’être relâcher pour continuer le reste du chemin à pied. Et après, ce fut le tour d’un de nos compatriotes qu’un gendarme gifla.
Nos nombreux coups de fil ne résolurent pas le problème. Ca ne faisait qu’empirer la situation au contraire. Un gendarme s’énerva au  téléphone quand le conseiller de l’ambassadeur voulait le raisonner. Après avoir raccroché, celui-ci nous dit que notre situation était grave, que nous devrions attendre l’arrivée du  sous-préfet. Je me souviens encore de ces passants et villageois insolents qui nous lançaient des invectives…
Après six heures d’attente, le sous-préfet vint enfin. Celui-ci, comme tout bon politicien sut nous convaincre en ces termes : « …nous nous excusons de ce malentendu […]. Si vous venez au Cameroun pour les études, c’est parce qu’il y’a la sécurité et c’est cette sécurité que nous voulons préserver. Aussi sommes-nous à la veille des élections. Alors nous allons procéder aux fouilles de vos bagages […]. Nous nous excusons encore pour les 1000fcfa que vous n’avez pas prévu pour payer encore le transport pour Yaoundé. Nous allons vous déposer avec nos véhicules à Ayos où vous allez prendre le bus ». Qu’avaient-ils dit au préfet ? Et lui, savait-il que nous avons été arrêtés pour 1000 FCFA par personne ? Heureusement pour eux, nous avons préféré nous taire ! Qui sont ces hommes qui choisissent délibérément d’échanger l’obligation de sécuriser de tout un pays au pris de 1000 FCFA ?  Cela m’a rappelé les récents événements d’Arlite au Niger. Où va l’Afrique ? 
Ayos, cette ville dont je me souviendrai toujours, se situe à 5 km de ce poste de contrôle. Ainsi prirent fin nos six heures de détention, assoiffés, affamés, la peur dans le ventre ; nous voilà encore en route pour une nouvelle aventure. L’espoir d’arriver à Yaoundé s’est amaigri. Dieu merci, Yaoundé m’accueillit aux environs de 17heures.
Tokma Ondjé
Licence Sciences Sociales et Gestion 1 
Tokma Ondjé

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