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jeudi 20 mars 2014

Quel évêque pour l’archidiocèse de N’Djamena ? Vers la politisation de la nommination



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Mgr Matthias Ngartéri Mayadi
                                  
Alors que les chrétiens de l’archidiocèse de N’djamena attendent impatiemment la nomination de celui qui doit remplacer le feu Mgr Matthias Ngartéri Mayadi, une correspondance confidentielle, révélée, que le SG du MPS [Mouvement Patriotique du Salut, parti au pouvoir] en la personne du Dr Beyom Adrien a adressée au Président de la République vient susciter encore des remous. En effet, le destinateur de ladite correspondance a demandé au Chef de l’Etat d’opter pour le choix de Mgr Joachim Kouraleyo, l’Evêque de Moundou comme archevêque de N’Djaména dans le but de ramener consciencieusement le peuple Ngambaye tout entier à sa vision. Cet amalgame qui tourne autour de cette nomination suscite en nous quelques interrogations. Le Dr Beyom Adrien s’est-il posé la question de savoir, pourquoi le peuple Ngambaye est-il, en grande partie, en désaccord avec la vision du chef de l’Etat ?  Est-ce parce qu’un des leurs n’était pas archevêque qu’ils sont entrés en dissidence avec le pouvoir en place ? Cet évêque s’il arrive qu’il soit effectivement nommé aura-t-il pour mission de « battre campagne » pour le chef de l’Etat ?  Ces interrogations bien qu’anodines nous permettent de revoir les rôles dévolus à ces leaders religieux et les rapports, souvent sujet à polémique, dont ils entretiennent avec le pouvoir politique.

Ce politicien a confirmé par là l’image négative qu’ont les populations des hommes politiques, pris pour ceux qui sèment le vent et le beau temps. Si le peuple Ngambaye s’est démarqué de la vision du Chef de l’Etat, il en a bien la conscience et la raison qui lui est propre. Et ce n’est pas une nomination qui fera changer la donne. Il faudrait rompre avec cette habitude qui consiste à qualifier ceux qui voient différemment les choses comme les ennemis. C’est cette diversité d’opinions et de critiques qui fera grandir la nation. Donc il vaut mieux les dissocier de la haine. A mon avis, le peuple Ngambaye n’attendra pas un peu de plus pour dérouler le tapis rouge au MPS si ses aspirations sont respectées. Le MPS sait d’ailleurs sur quoi il est en désaccord. Cette position partisane de Beyom risque même déjà de disqualifier l'évêque en question au fauteuil de l’archidiocèse de N'Djamena.

Le rôle des évêques  doit en principe être loin de ces tendances partisanes. Les évêques, bien qu’ils soient des citoyens d’un pays, ne doivent pas affirmer leur tendance afin de ne pas diviser l’Eglise. Car l’Eglise est composée en majorité de laïcs qui ont différentes opinions politiques

Dès lors, il faut des hommes de Dieu neutres, ayant les mains libres pour pouvoir guider et être à côté du peuple assoiffé de la justice et de la liberté. Loin de prétendre soutenir un quelconque évêque à ce poste, les évêques doivent être des éclaireurs du peuple de Dieu. Chargés de guider les chrétiens, comme le bon berger, ils partagent aussi leurs peines et angoisses dans les périples de la vie quotidienne. Un exemple d’ailleurs parfait qu’illustre l’évêque émérite de Doba, Michel Russo, à travers la dénonciation des injustices dont sont victimes les populations de la région productrice de pétrole. Quand un homme de Dieu reste impassible aux injustices dont vivent ses fidèles, parce que du fait de son pôle, il est pire que ceux qui préfèrent toujours recourir aux solutions armées au détriment du dialogue. Annoncer l’Evangile et promouvoir la paix, le pardon ou l’unité nationale ne veut pas dire se taire face aux cris de détresse du peuple. Se taire, au contraire, en face des iniquités de la société c’est être complice. Pour paraphraser le père Ludovic Lado, ces leaders religieux doivent être des rebelles car si le Christ n’avait pas été rebelle, on ne l’aurait pas crucifié. Se rebeller ici, bien entendu, ne veut pas dire aller en guerre en vue du renversement de l’ordre constitutionnel ou le troubler avec les armes à la main mais lutter contre les dérives du pouvoir. De par sa position et son statut, la voix de l’évêque porte mieux que celle d’un chrétien lamnda. 

C’est ainsi qu’il est à encourager l’initiative du message de Noël des évêques tchadiens qui ne manque pas d’occasion de rappeler au gouvernement ses responsabilités, dénonce et oriente le peuple de Dieu. Les gouvernants ne diront pas le contraire s’ils veulent le bien du peuple. Car les accompagner sur ce chemin de développement revient aussi à leur faire constater les failles pour d’éventuelles concessions.

ALLAH-NDIGTA David

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