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samedi 5 avril 2014

De la condition de la femme tchadienne*



           La femme tchadienne est à l’honneur pour ce 24ème numéro de "L’ESPOIR". Le choix de ce thème sur la place qu’elle occupe dans la société tchadienne n’est pas fortuit. Le présent numéro paraît à quelques jours du début de la célébration de la Semaine Nationale de la Femme Tchadienne (SENAFET). N’est-il pas de notre devoir de nous arrêter un instant pour nous interroger sur la condition de celles qui sont nos compagnes de tous les jours, mères, sœurs, tantes et amies ? Se lancer dans cet exercice n’est pas sans embûche. Il risque fort d’être plein de subjectivités à cause du caractère cosmopolite qu’a le pays de Toumaï. Il est évident que la situation de la femme toubou du Nord à comparer à la femme sara du Sud n’est pas identique. Mais nous essayerons tout au long de la rubrique Dossier de parler de ce qu’est devenue aujourd’hui la femme dans cette grande société tchadienne. La femme tchadienne a-t-elle les mêmes droits que l’homme ? Sinon, quelles en sont les causes et les perspectives d’avenir ?   
    La constitution de notre pays consacre l’égalité de tous les citoyens sans distinction de sexe devant la loi. Aussi, un arsenal de lois et de traités ratifiés par le Tchad promeuvent également la protection des droits de la femme. Cependant la concrétisation de ces textes dans la vie de la femme se heurte à de multiples obstacles. Certaines politiques et programmes les mettent certes au devant de leur priorité à l’instar de l’octroi de bourses d’études à toutes les bachelières lors de la dernière session du baccalauréat, le quota de 30% dans les recrutements, la Campagne d’Accélération pour la Réduction de la Mortalité Maternelle en Afrique (CARMMA), etc. Très souvent, entre les beaux discours politiques et la réalité, plane la confusion. Ainsi, sur 188 députés au Parlement, il n’y a que 28 femmes et sur 40 membres du gouvernement 9 sont des femmes.     
    En outre, la mentalité rétrograde de la plus grande partie de la population demeure encore une inquiétude. Vu cette réalité, il reste encore du chemin à faire pour nos sœurs tchadiennes. Ces expressions « mara sakit », « diyan kari » ou « femme seulement » qu’utilisent les hommes, voire les femmes elles-mêmes, expriment à suffisance le dénigrement de leur personnalité et le refus de croire en elles. Les maltraitances diverses que la femme tchadienne a subies et continue de subir portent un coup dur à sa condition. Les Mutilations Génitales Féminines (MGF), le mariage forcé, le poids de la dot, les violences conjugales, leur écart dans la prise des décisions, l’inégalité de chance, etc. Toute cette panoplie de souffrance que vivent les femmes au quotidien prennent leurs sources dans les stéréotypes religieux et traditionnels qui les ont longtemps sous-estimées.
     Les premières à se lever du lit et les dernières à se coucher après une pénible journée, les femmes, au delà du fait qu’elles perpétuent la lignée, jouent un rôle fondamental dans l’éducation des enfants et la production économique. Pourtant aucun indicateur ne prouve avec exactitude de quoi elles sont coupables pour mériter de telles peines. Ne serait-il pas dû à l’égoïsme des hommes ? Oui, il est bien vrai qu’au-delà des liens maternels et des appétits sexuels qui se soldent par une infime affection à leur endroit, certains hommes demeurent toujours sans humanité à l’égard des femmes.  
   Le combat de l’émancipation est loin d’être achevé, mesdames, mais armez-vous de courage à l’exemple de Rosa Park. Il n’appartient pas à ces coureurs de jupons de vous conquérir cette liberté par le biais de ces émancipations de façade. Que la semaine du 8 mars ne soit pas seulement une occasion de festivités, de parade vestimentaire et de quelques conférences qui vous feront sombrer dans l’oubli des injustices endurées pendant les 51 semaines. Vous gagnerez aussi de militer en faveur de ces femmes rurales, sous-scolarisées, confrontées à la précarité et pourtant mamelle nourricière de la nation avec une contribution à 80% dans la production agricole. Ne dit-on pas qu’« éduquer une femme, c’est éduquer toute une nation » ? Le bien-être de la femme suppose être aussi celui de la famille, voire de la société tout entière.   

ALLAH-NDIGTA David

* Editorial de "L'ESPOIR" Bulletin d'Information et de Communication des Étudiants Tchadiens de l'Université Catholique d'Afrique Centrale 

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