La femme tchadienne est à l’honneur pour
ce 24ème numéro de "L’ESPOIR". Le choix de ce thème sur la
place qu’elle occupe dans la société tchadienne n’est pas fortuit. Le présent
numéro paraît à quelques jours du début de la célébration de la Semaine
Nationale de la Femme Tchadienne (SENAFET). N’est-il pas de notre devoir de
nous arrêter un instant pour nous interroger sur
la condition de celles qui sont nos compagnes de tous les jours, mères, sœurs,
tantes et amies ? Se lancer dans cet exercice n’est pas sans embûche. Il risque
fort d’être plein de subjectivités à cause du caractère cosmopolite qu’a le
pays de Toumaï. Il est évident que la situation de la femme toubou du Nord à
comparer à la femme sara du Sud n’est pas identique. Mais nous essayerons tout
au long de la rubrique Dossier de
parler de ce qu’est devenue aujourd’hui la femme dans cette grande société
tchadienne. La femme tchadienne a-t-elle les mêmes droits que l’homme ?
Sinon, quelles en sont les causes et les perspectives d’avenir ?
La constitution de notre pays consacre
l’égalité de tous les citoyens sans distinction de sexe devant la loi. Aussi,
un arsenal de lois et de traités ratifiés par le Tchad promeuvent également la
protection des droits de la femme. Cependant la concrétisation de ces textes
dans la vie de la femme se heurte à de multiples obstacles. Certaines
politiques et programmes les mettent certes au devant de leur priorité à
l’instar de l’octroi de bourses d’études à toutes les bachelières lors de la
dernière session du baccalauréat, le quota de 30% dans les recrutements, la
Campagne d’Accélération pour la Réduction de la Mortalité Maternelle en Afrique
(CARMMA), etc. Très souvent, entre les beaux discours politiques et la réalité,
plane la confusion. Ainsi, sur 188 députés au Parlement, il n’y a que 28 femmes
et sur 40 membres du gouvernement 9 sont des femmes.
En outre, la mentalité rétrograde de la
plus grande partie de la population demeure encore une inquiétude. Vu cette
réalité, il reste encore du chemin à faire pour nos sœurs tchadiennes. Ces
expressions « mara sakit »,
« diyan kari » ou « femme seulement » qu’utilisent les
hommes, voire les femmes elles-mêmes, expriment à suffisance le dénigrement de
leur personnalité et le refus de croire en elles. Les maltraitances diverses
que la femme tchadienne a subies et continue de subir portent un coup dur à sa
condition. Les Mutilations Génitales Féminines (MGF), le mariage forcé, le
poids de la dot, les violences conjugales, leur écart dans la prise des
décisions, l’inégalité de chance, etc. Toute cette panoplie de souffrance que
vivent les femmes au quotidien prennent leurs sources dans les stéréotypes
religieux et traditionnels qui les ont longtemps sous-estimées.
Les premières à se lever du lit et les
dernières à se coucher après une pénible journée, les femmes, au delà du fait
qu’elles perpétuent la lignée, jouent un rôle fondamental dans l’éducation des
enfants et la production économique. Pourtant aucun indicateur ne prouve avec
exactitude de quoi elles sont coupables pour mériter de telles peines. Ne serait-il
pas dû à l’égoïsme des hommes ? Oui, il est bien vrai qu’au-delà des liens
maternels et des appétits sexuels qui se soldent par une infime affection à
leur endroit, certains hommes demeurent toujours sans humanité à l’égard des
femmes.
Le combat de l’émancipation est loin d’être
achevé, mesdames, mais armez-vous de courage à l’exemple de Rosa Park. Il
n’appartient pas à ces coureurs de jupons de vous conquérir cette liberté par
le biais de ces émancipations de façade. Que la semaine du 8 mars ne soit pas
seulement une occasion de festivités, de parade vestimentaire et de quelques
conférences qui vous feront sombrer dans l’oubli des injustices endurées
pendant les 51 semaines. Vous gagnerez aussi de militer en faveur de ces femmes
rurales, sous-scolarisées, confrontées à la précarité et pourtant mamelle
nourricière de la nation avec une contribution à 80% dans la production
agricole. Ne dit-on pas qu’« éduquer
une femme, c’est éduquer toute une nation » ? Le bien-être de la
femme suppose être aussi celui de la famille, voire de la société tout
entière.
ALLAH-NDIGTA David
* Editorial de "L'ESPOIR" Bulletin d'Information et de Communication des Étudiants Tchadiens de l'Université Catholique d'Afrique Centrale
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