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dimanche 30 novembre 2014

Plaidoyer pour un engagement efficient de la jeunesse tchadienne en politique



ALLAH-NDIGTA David
Les différents régimes qui se sont succédé au Tchad ont, d’une manière ou d’une autre, contribué à l’enlisement de ce pays. De leurs tribulations  découlent un pays meurtri par la guerre, une haine interethnique véhiculée de génération en génération, une déconstruction de la nation, une nation devenue presque inexistante. Survivre avant l’épuisement de ses 49 ou 52 ans d’espérance de vie devient, pour le tchadien, un parcours de combattant car la probabilité de pactiser avec le diable ou d’en être victime est grande. La culture de la médiocrité, le chômage, l’incivisme, le favoritisme, la corruption, la baisse vertigineuse de niveau, l’insécurité grandissante, la cherté de vie, etc., caractérisent donc la société tchadienne. L’espoir d’un avenir radieux dans ce pays n’est qu’hypothétique pour tous ceux qui ne sont pas  nés dans de bonnes mains. Le peuple, ne sachant à quel saint se vouer, a perdu tout espoir et toute confiance en ses dirigeants et sabote la politique qui revêt une acception péjorative. Quel rôle doit donc jouer la jeunesse qui, dit-on, est le fer de lance de la société? Faudrait-il rester bras-croisés et recevoir l’héritage d’un pays en phase de subir le sort de Sodome et Gomorrhe ?

Ma réponse est non, la jeunesse ne doit point rester inerte. La construction de ce pays va de la responsabilité de tous ses fils sans distinction aucune. Il est pour ainsi dire du devoir de tous ceux qui en ont marre des  failles héritées des différents systèmes, d’agir pour pouvoir changer le cours des choses. Agir, ce n’est point prendre les armes, entrer en brousse et revenir en « sauveur » comme le prétendent bien de nos compatriotes, chefs rebelles. Ces mouvements politico-militaires ont toujours contribué à déshumaniser davantage le pauvre tchadien, déjà laissé-pour-compte, vivant dans la précarité. Cela ne veut pas pour autant dire qu’il faut suivre à l’aveuglette les multitudes partis politiques dont la quasi-totalité se construit sur des bases tribales et partisanes, sans aucun programme politique moins encore un réel projet de société, et qui n’hésitent pas à se rallier à une mouvance dans la perspective du partage du gâteau.

S’engager en politique revient pour le jeune tchadien à lutter contre le sentiment revanchard et la médiocrité qui ne font que perdurer dans la conquête et la conservation du pouvoir. Il va falloir que la jeunesse tchadienne songe à ce que de son engagement ne résultent point des conséquences désastreuses pour des générations futures. Eviter que les plus forts d’aujourd’hui deviennent des faibles ou des reclus de demain serait vraiment impérieux à la construction de la nation de demain. La jeunesse tchadienne a également intérêt à se détacher de l’instinct grégaire caractéristique de la plupart de nos communautés qui, bien souvent, entrave la cohésion sociale, afin de prendre du recul et d’agir objectivement. 

Dans l’optique d’éviter des éventuelles jérémiades futures, il va de la responsabilité de cette jeunesse de prendre son destin en main. Pourquoi doit-elle laisser toujours les autres décider de son sort alors qu’elle en a le droit ? Il est temps que la jeunesse se lance dans le jeu démocratique en postulant aux différentes élections. D’aucuns prétendent que ce sont les personnes âgées qui, dotées de la sagesse, sont capables de tenir les rênes de l’Etat et ses démembrements. Mais l’état actuel des choses est une preuve que cette façon de voir est erronée. Loin de prôner un renversement sénile, moins encore une haine contre les vieux, ces derniers doivent apprendre à reconnaitre leursfaiblessesparmoment, démissionner, s’il le faut, pour le bien de la communauté. Etant des humains, c’est-à-dire des êtres caractérisés par la finitude, il serait très prétentieux de penser être l’unique personne idéale, l’homme de providence, à même de conduire le destin d’une population nombreuse et diversifiée. D’où la nécessité de braver l’égoïsme et de préparer la relève en comptant beaucoup plus sur les jeunes, car, comme le dit Pierre Corneille, « aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre d’année ». 

Certains jeunes penseront se soustraire à cet engagement au service de la nation parce qu’ils ont été déçus par les résultats alarmants des politicards. On peut dire qu’ils ont raison mais une telle posture ne fera qu’empirer la situation. Il est indéniable que la politique conditionne notre vécu de tous les jours. Alors, celui décide de s’en foutre ou de l’ignorer, à l’instar des analphabètes politiques, décide délibérément de tomber dans le fatalisme. Comme le disait le poète et dramatique Bertolt Brecht « le pire des analphabètes, c’est l’analphabète politique. Il n’écoute pas, ne parle pas, ne participe pas aux événements politiques. Il ne sait pas que le coût de la vie, le prix du haricot et du poisson, de la farine, le loyer, le prix de souliers et des médicaments dépendent des décisions politiques. L’analphabète politique est si bête qu’il s’enorgueillit et gonfle la poitrine pour dire qu’il déteste la politique. Il ne sait pas, l’imbécile, que c’est son ignorance politique qui produit la prostitué, l’enfant de la rue, le voleur, le pire de tous les bandits et surtout le politicien malhonnête, menteur et corrompu qui lèchent le pied des entreprises nationales et multinationales ».

En somme, c’est un appel que nous lançons à toute la jeunesse  tchadienne de ne point se désintéresser de la gestion de la chose publique.Car chaque fois qu’on trinque sur le dos de nos problèmes, c’est à cause de notre passivité et de notre ignorance. Nous avons le droit de regard sur la manière dont le patrimoine commun est  géré. George Orwell n’a-t-il pas dit qu’un peuple qui élit des corrompus, des renégats, des imposteurs, des voleurs et des traîtres n’est pas une victime mais un complice ?



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