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| ALLAH-NDIGTA David |
Ma
réponse est non, la jeunesse ne doit point rester inerte. La construction de ce
pays va de la responsabilité de tous ses fils sans distinction aucune. Il est
pour ainsi dire du devoir de tous ceux qui en ont marre des failles héritées des différents systèmes,
d’agir pour pouvoir changer le cours des choses. Agir, ce n’est point prendre
les armes, entrer en brousse et revenir en « sauveur » comme le
prétendent bien de nos compatriotes, chefs rebelles. Ces mouvements
politico-militaires ont toujours contribué à déshumaniser davantage le pauvre
tchadien, déjà laissé-pour-compte, vivant dans la précarité. Cela ne veut pas
pour autant dire qu’il faut suivre à l’aveuglette les multitudes partis
politiques dont la quasi-totalité se construit sur des bases tribales et
partisanes, sans aucun programme politique moins encore un réel projet de
société, et qui n’hésitent pas à se rallier à une mouvance dans la perspective
du partage du gâteau.
S’engager
en politique revient pour le jeune tchadien à lutter contre le sentiment revanchard
et la médiocrité qui ne font que perdurer dans la conquête et la conservation
du pouvoir. Il va falloir que la jeunesse tchadienne songe à ce que de son
engagement ne résultent point des conséquences désastreuses pour des
générations futures. Eviter que les plus forts d’aujourd’hui deviennent des
faibles ou des reclus de demain serait vraiment impérieux à la construction de
la nation de demain. La jeunesse tchadienne a également intérêt à se détacher
de l’instinct grégaire caractéristique de la plupart de nos communautés qui,
bien souvent, entrave la cohésion sociale, afin de prendre du recul et d’agir
objectivement.
Dans
l’optique d’éviter des éventuelles jérémiades futures, il va de la
responsabilité de cette jeunesse de prendre son destin en main. Pourquoi
doit-elle laisser toujours les autres décider de son sort alors qu’elle en a le
droit ? Il est temps que la jeunesse se lance dans le jeu démocratique en
postulant aux différentes élections. D’aucuns prétendent que ce sont les
personnes âgées qui, dotées de la sagesse, sont capables de tenir les rênes de
l’Etat et ses démembrements. Mais l’état actuel des choses est une preuve que
cette façon de voir est erronée. Loin de prôner un renversement sénile, moins
encore une haine contre les vieux, ces derniers doivent apprendre à reconnaitre
leursfaiblessesparmoment, démissionner, s’il le faut, pour le bien de la
communauté. Etant des humains, c’est-à-dire des êtres caractérisés par la
finitude, il serait très prétentieux de penser être l’unique personne idéale,
l’homme de providence, à même de conduire le destin d’une population nombreuse
et diversifiée. D’où la nécessité de braver l’égoïsme et de préparer la relève
en comptant beaucoup plus sur les jeunes, car, comme le dit Pierre Corneille,
« aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre d’année ».
Certains
jeunes penseront se soustraire à cet engagement au service de la nation parce
qu’ils ont été déçus par les résultats alarmants des politicards. On peut dire
qu’ils ont raison mais une telle posture ne fera qu’empirer la situation. Il
est indéniable que la politique conditionne notre vécu de tous les jours.
Alors, celui décide de s’en foutre ou de l’ignorer, à l’instar des analphabètes
politiques, décide délibérément de tomber dans le fatalisme. Comme le disait le
poète et dramatique Bertolt Brecht « le pire des analphabètes, c’est
l’analphabète politique. Il n’écoute pas, ne parle pas, ne participe pas aux
événements politiques. Il ne sait pas que le coût de la vie, le prix du haricot
et du poisson, de la farine, le loyer, le prix de souliers et des médicaments
dépendent des décisions politiques. L’analphabète politique est si bête qu’il
s’enorgueillit et gonfle la poitrine pour dire qu’il déteste la politique. Il
ne sait pas, l’imbécile, que c’est son ignorance politique qui produit la
prostitué, l’enfant de la rue, le voleur, le pire de tous les bandits et
surtout le politicien malhonnête, menteur et corrompu qui lèchent le pied des
entreprises nationales et multinationales ».
En
somme, c’est un appel que nous lançons à toute la jeunesse tchadienne de ne point se désintéresser de la
gestion de la chose publique.Car chaque fois qu’on trinque sur le dos de nos problèmes,
c’est à cause de notre passivité et de notre ignorance. Nous avons le droit de
regard sur la manière dont le patrimoine commun est géré. George Orwell n’a-t-il pas dit qu’un peuple
qui élit des corrompus, des renégats, des imposteurs, des voleurs et des
traîtres n’est pas une victime mais un complice ?

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