Quand
je parle des problèmes de réseau du bled, certaines personnes pensaient que je
blague hein. Mais je vous assure que j’en ai vécu le comble, une aventure amère
qui continue par me marquer jusqu’à présent et me hante chaque jour.
A
une semaine de mon départ sur Yaoundé, j’aperçus une beauté à l’avenue
Kaskanaye devant la radio Sarh en allant au marché Kété-gala (croyez moi j’ai
beaucoup d’aventures de ce genre). Teint chocolat, forme guitare solo, sourire
aux lèvres, démarche calme, un air innocent (je ne peux pas tout la décrire). Elle
marchait sur le trottoir. J’ai perdu le contrôle de ma veille carcasse C75 que
je conduisais provoquant à peine un accident. Heureusement pour moi, mais je
n’ai pas pu quand même essuyer la colère des usagers qui me lançaient des
invectives de partout (si seulement ils pouvaient comprendre ce qui m’est
arrivé). Je n’ai pas pu me contenir, j’ai décidé de m’arrêter et rebrousser
chemin. Prenant mon courage à deux mains, je fonçais en direction de la grande
demoiselle. Je lui ai proposé de la déposer mais elle secoua la tête en guise
de refus. J’ai provoqué une panne afin de trainer la moto et lui tenir
compagnie. Comme une bru en face de ses beaux-parents au pays sar, elle ne
faisait qu’arborer le sourire et éviter mon regard chaque fois que je lui
parle.
J’ai
épuisé le stock de mes vers poétiques que
j’utilisais souvent pour faire tomber les filles mais elle semble avoir pris l’antidote.
Epuisé de traîner la moto de la radio Sarh jusqu’à l’avenue des Jeunes (environ
3km ),
je lui ai demandé son numéro de téléphone. Avec ce dernier, je suis sûr que ça
va aller. Par pitié elle me l’a donné.
Rentrer à la maison, j’ai donc commencé les hostilités. A toutes mes demandes,
toujours les mêmes scénarios du genre « je ne sais pas », « je
vais voir » « je vais réfléchir d’abord » (jusqu’à quand ? Et puis je n’ai qu’une
semaine) « on ne me permet pas de sortir », « c’est très
dangereux de venir chez moi ». A trois jours de mon départ, j’ai enfin
réussi à l’inviter chez moi, lui donnant le point de repère où elle devait me
faire signe à 15h00 pour que j’y aille la chercher.
- 13h30 mise en place terminée,
une partie des frais de voyage sur Yaoundé en a servi hein.
- 14h55min, DANGER ! Aucune couverture de réseau, Tigo comme Airtel.
- 15h15min, toujours pas de réseau.
Je
résolus de monter sur le petit manguier de la maison afin de chercher le réseau
mais peine perdue. J’ai fini par voir le toit de la maison mon seul dernier rempart
du fait de son altitude. A l’aide d’une échelle, me voici juché sur le toit de
la maison. Tout le monde à la maison s’interrogea déjà sur ce qui est entrain
de m’arriver. Je leur ai sorti un alibi comme quoi mon petit frère, sous
l’effet de la colère, y avait jeté la batterie de mon téléphone. J’ai réussi à
trouver le réseau Tigo mais quand je lançai l’appel, on me faisait comprendre
que le réseau est occupé (par qui ? je ne sais pas). Plusieurs tentatives
infructueuses d’appel !
M’avait-elle
attendu en vain à son arrivée à l’heure indiquée? Serait-elle encore en
route, comme à l’africaine ? Toute une panoplie de questions me tournait à
la tête. Je décidais d’aller l’attendre au point de repère. J’ai attendu
jusqu’à 18 heures mais aucune trace de la jolie demoiselle et toujours pas de
couverture de réseau. Comme Harpagon, j’ai voulu à peine ramasser tout ce dont
j’ai apprêté pour l’accueil de la fille et revendre. Je passais une soirée très
triste jusqu’à 23 h où le réseau s’était rétabli. Je reçus de messages
successifs émis par la fille :
- - 15h00, « sois patient je suis déjà en route »
- 15h15 (à l’heure où j’étais sur le manguier) : « vient me chercher, je suis déjà devant le Bar Pour La Route ».
- 15h45 « Je suis déjà fatiguée donc je vais m’en allée, à la prochaine fois ».
Merde !
Sacrés Airtel et Tigo ! Voilà une
fois de plus, ils se sont convenus pour me tuer. Et dire que j’ai déjà mon
billet de bus pour le départ de 5h du matin… Partir ou ne pas partir ?
J’ai analysé tous les arguments possibles pour convaincre les parents du report
de mon voyage. Mais je ne les ai pas trouvés crédibles. Je restais éveillé toute
cette nuit provoquant un arriéré de sommeil. Je me suis décidé quand même de
partir, m’excusant auprès de la demoiselle, je lui ai promis de l’appeler tous
les jours une fois à Yaoundé.
Le
matin, fatigué, je m’endormis aussitôt dans le bus au départ de Sarh pour
Moundou où je devais continuer à Ngaoundéré. A la descente, j’oubliais dramatiquement
mon téléphone dans le bus qui continua sur N’Djamena. Vous me diriez, téléphone
seulement de surcroit un « made in china » mais c’est plus grave que
ça. J’avais commis la bêtise de ne pas mémoriser le numéro de la fille et voilà
que je l’ai perdu pour tout de bon. Plus de possibilité de l’appeler !
Faudrait-il revenir pendant les congés de Noel à Sarh et faire un pèlerinage, tous les jours,
de l’avenue Kaskanaye à l’avenue des Jeunes afin d’avoir une seconde chance de la
croiser ? En attendant de la revoir, tout en espérant que ça ne
soit point une Mamiwata du Chari, je maudis Airtel et Tigo à jamais…
ALLAH-NDIGTA David
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