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jeudi 13 octobre 2016

Le gaz : avec quoi les Tchadiens cuisinent-ils finalement?*

Depuis l’interdiction du charbon de bois, les sources d’énergie pour la cuisine se sont diversifiées dans les ménages à N’Djaména. C’est ainsi que la consommation du gaz butane a pris également son envol.

Le gaz qui était utilisé uniquement par "une classe de privilégiés", du fait de son importation du Cameroun rendant son coût élevé, est désormais entré dans les habitudes de bon nombre de ménages grâce à la construction de la raffinerie de Djarmaya. Certains ménages ont ainsi mis un terme à la consommation du bois et du charbon de bois qui, autrefois, étaient les sources principales d’énergies utilisées pour la cuisine. D’autres par contre restent de marbre et continuent d’avoir recours à ces sources d’énergies proscrites.  
L’utilisation du bois et du charbon de bois continue de braver l’interdiction
Bien que le prix du gaz soit subventionné par l’État tchadien de moitié (3.000F au lieu de 6.000F) pour le consommateur lambda, beaucoup de ménages continuent d’utiliser du charbon de bois et du bois comme source d’énergie pour la cuisson. Le trafic du bois et du charbon de bois continue donc d’avoir de beaux jours devant lui. « C’est le charbon de Kousseri, c’est grâce à ça que je gagne ma vie », nous explique une vendeuse assise devant son étal au marché de Farcha.
En effet, l’interdiction de la coupe du bois et de la fabrication du charbon ne semble concerner que le charbon fabriqué au Tchad. Car chaque jour, une importante quantité de charbon de bois franchit les portes de N’Djaména en provenance de Kousseri. Ce charbon est vendu sur les marchés de la capitale au vu et au su des agents forestiers qui s’en tiennent à la collecte des taxes et des pots de vin. Cette interdiction est parfois ignorée ou peu appréciée  par la population bien qu’elle vise à protéger l’environnement, lequel se trouve dangereusement menacé par les coupes abusives de bois.
Controverse autour du gaz
Le gaz est considéré comme économique par la plupart des ménages qui l’utilisent. « C’est nettement mieux car si je dois acheter le bois ou le charbon pour la cuisine, je vais devoir dépenser le triple de son prix pendant le même intervalle de temps », en témoigne Nemadje. L’interdiction du bois et du charbon de bois a fait augmenter considérablement le prix du bois pour, semble-t-il, dissuader les utilisateurs.
Malgré cette flambée des prix du charbon et du bois, certains ménages continuent de les utiliser. « J’utilise le bois et parfois le charbon de bois pour la cuisine car le prix de la bonbonne est trop cher et en plus le gaz finit trop vite », déclare Delphine, la trentaine révolue habitant le quartier Farcha.
La bouteille de gaz et son kit se vendent à 23.000 FCFA à N’Djaména et la recharge se fait à 3.000 FCFA. Mais ce prix n’est pas standardisé sur l’ensemble du territoire national. C’est ainsi qu’à Abéché et à Moundou, la recharge du gaz se fait à 4.000FCFA, et à Sarh à 6.000 FCFA. Des prix hors de portée de la population ayant un faible pouvoir d’achat. Il est donc à se demander si le mécanisme de subvention a réellement tenu compte des  consommateurs des provinces qui ne bénéficient pas d’un iota, à l’exemple de ceux de la ville de Sarh. Joint à Sarh, un agent commercial de Total justifie ce prix par « le coût du transport élevé et les risques qui accompagnent l’acheminement du gaz de N’Djaména à Sarh ». Cette disparité de prix sur le territoire national ne favorise guère l’utilisation du gaz dans le but préserver l’environnement.
En dehors du prix du gaz jugé exorbitant par une partie de la population, certains ménagent justifient le recours à l’utilisation du bois et du charbon de bois par l’importance de la cuisson. Assis devant sa gargote au quartier Farcha, Ahmat nous avoue que « le gaz n’est pas adapté pour les préparations de grande quantité. J’utilise le bois pour la cuisine du restaurant et à la maison, c’est le gaz que ma femme utilise ». Cette assertion se confirme également par les propos des fabricantes des boissons traditionnelles qui soutiennent que « le kit du gaz ne peut pas être utilisé dans leur contexte où la bière se prépare avec le fût », un récipient d’environ 200 litres de contenance. En plus de cette inadaptation du gaz, les dégâts causés par sa mauvaise utilisation semble miner la mémoire de certaines personnes qui ne veulent plus en entendre parler.  
Les fruits du palmier doum et des bouses plus en plus prisés
Les trafiquants du bois et du charbon de bois ne sont pas seulement les seuls à se frotter les mains face au prix du gaz qui n’est pas à la portée de tous les ménages tchadiens et/ou inadaptés à leur besoin. Les vendeurs des fruits du palmier doum et des bouses y trouvent également leur compte.  
En effet, beaucoup de ménages utilisent les fruits de palmiers doum et les bouses pour pallier le coût exorbitant qu’engendre la consommation du bois et du charbon de bois. « J’achète le sac de ces fruits de doum à 3.500F que j’utilise pour la cuisine. C’est nettement mieux par rapport au sac de charbon qui coûte environ 16.000F et qui peut te créer des problèmes avec les autorités », nous explique Céline habitant le quartier Atrone. « C’est avec ça qu’on utilise pour préparer la bili [la bière du mil germé, Ndlr], le bois coûte trop cher », nous confie Denemadji en pointant du doigt un tas de bouses et de fruits de palmier doum qu’une charrette venait de décharger.
Ces nouvelles sources d’énergie, très économiques et écologiquement bénéfiques, utilisées beaucoup plus pour la fabrication des briques cuites gagnent désormais les ménages de la capitale.
L’urgence d’une vulgarisation des équipements adéquats au besoin culinaire
Que ne fut pas notre surprise lorsque nous visitions l’Agence de l’Énergie Domestique et de l’Environnement (aede) ? Tous les équipements fabriqués localement, indispensables à l’usage multidimensionnel de la bonbonne de gaz, s’y trouvent. Des kits les plus utilisés, en passant par les foyers de grande capacité au barbecue à gaz, tout ce qu’il faut pour résoudre le problème d’inadaptation du kit à des cuissons d’une certaine quantité y est. Il ne reste juste qu’une campagne de vulgarisation afin de les porter à la connaissance des ménages tchadiens.   
Des efforts méritent d’être faits sur ce point par l’aede qui doit aussi songer à vulgariser les foyers améliorés et les sources d’énergies écologiques en faveurs des couches défavorisées et surtout dans les zones rurales. Car le danger de la dégradation de l’environnement est bien réel donc mieux vaut le prévenir que de le guérir.


ALLAH-NDIGTA David

*Article écrit dans le cadre d'un projet de création de magazine LE REFLET initié par Aziza BAROUD

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