Depuis l’interdiction du charbon
de bois, les sources d’énergie pour la cuisine se sont diversifiées dans les
ménages à N’Djaména. C’est ainsi que la consommation du gaz butane a pris également
son envol.
Le gaz qui était
utilisé uniquement par "une classe de privilégiés", du fait de son
importation du Cameroun rendant son coût élevé, est désormais entré dans les
habitudes de bon nombre de ménages grâce à la construction de la raffinerie de Djarmaya.
Certains ménages ont ainsi mis un terme à la consommation du bois et du charbon
de bois qui, autrefois, étaient les sources principales d’énergies utilisées
pour la cuisine. D’autres par contre restent de marbre et continuent d’avoir
recours à ces sources d’énergies proscrites.
L’utilisation du bois et du
charbon de bois continue de braver l’interdiction
Bien
que le prix du gaz soit subventionné par l’État tchadien de moitié (3.000F au
lieu de 6.000F) pour le consommateur lambda, beaucoup de ménages continuent d’utiliser
du charbon de bois et du bois comme source d’énergie pour la cuisson. Le trafic
du bois et du charbon de bois continue donc d’avoir de beaux jours devant lui. « C’est le charbon de Kousseri, c’est
grâce à ça que je gagne ma vie », nous explique une vendeuse assise
devant son étal au marché de Farcha.
En
effet, l’interdiction de la coupe du bois et de la fabrication du charbon ne
semble concerner que le charbon fabriqué au Tchad. Car chaque jour, une importante
quantité de charbon de bois franchit les portes de N’Djaména en provenance de
Kousseri. Ce charbon est vendu sur les marchés de la capitale au vu et au su
des agents forestiers qui s’en tiennent à la collecte des taxes et des pots de
vin. Cette interdiction est parfois ignorée ou peu appréciée par la population bien qu’elle vise à protéger
l’environnement, lequel se trouve dangereusement menacé par les coupes abusives
de bois.
Controverse autour du gaz
Le
gaz est considéré comme économique par la plupart des ménages qui l’utilisent. « C’est nettement mieux car si je dois
acheter le bois ou le charbon pour la cuisine, je vais devoir dépenser le
triple de son prix pendant le même intervalle de temps », en témoigne Nemadje. L’interdiction du
bois et du charbon de bois a fait augmenter considérablement le prix du bois
pour, semble-t-il, dissuader les utilisateurs.
Malgré
cette flambée des prix du charbon et du bois, certains ménages continuent de
les utiliser. « J’utilise le bois
et parfois le charbon de bois pour la cuisine car le prix de la bonbonne est
trop cher et en plus le gaz finit trop vite », déclare Delphine, la trentaine révolue
habitant le quartier Farcha.
La
bouteille de gaz et son kit se vendent à 23.000 FCFA à N’Djaména et la recharge
se fait à 3.000 FCFA. Mais ce prix n’est pas standardisé sur l’ensemble du
territoire national. C’est ainsi qu’à Abéché et à Moundou, la recharge du gaz se
fait à 4.000FCFA, et à Sarh à 6.000 FCFA. Des prix hors de portée de la
population ayant un faible pouvoir d’achat. Il est donc à se demander si le
mécanisme de subvention a réellement tenu compte des consommateurs des provinces qui ne
bénéficient pas d’un iota, à l’exemple de ceux de la ville de Sarh. Joint à
Sarh, un agent commercial de Total justifie ce prix par « le coût du transport élevé et les risques qui accompagnent
l’acheminement du gaz de N’Djaména à Sarh ». Cette disparité de prix
sur le territoire national ne favorise guère l’utilisation du gaz dans le but préserver
l’environnement.
En
dehors du prix du gaz jugé exorbitant par une partie de la population, certains
ménagent justifient le recours à l’utilisation du bois et du charbon de bois
par l’importance de la cuisson. Assis devant sa gargote au quartier Farcha,
Ahmat nous avoue que « le gaz n’est
pas adapté pour les préparations de grande quantité. J’utilise le bois pour la
cuisine du restaurant et à la maison, c’est le gaz que ma femme utilise ».
Cette assertion se confirme également par les propos des fabricantes des boissons
traditionnelles qui soutiennent que « le
kit du gaz ne peut pas être utilisé dans leur contexte où la bière se prépare
avec le fût », un récipient d’environ 200 litres de contenance. En
plus de cette inadaptation du gaz, les dégâts causés par sa mauvaise utilisation
semble miner la mémoire de certaines personnes qui ne veulent plus en entendre
parler.
Les fruits du palmier doum et
des bouses plus en plus prisés
Les
trafiquants du bois et du charbon de bois ne sont pas seulement les seuls à se
frotter les mains face au prix du gaz qui n’est pas à la portée de tous les
ménages tchadiens et/ou inadaptés à leur besoin. Les vendeurs des fruits du
palmier doum et des bouses y trouvent également leur compte.
En
effet, beaucoup de ménages utilisent les fruits de palmiers doum et les bouses
pour pallier le coût exorbitant qu’engendre la consommation du bois et du
charbon de bois. « J’achète le sac
de ces fruits de doum à 3.500F que j’utilise pour la cuisine. C’est nettement
mieux par rapport au sac de charbon qui coûte environ 16.000F et qui peut te
créer des problèmes avec les autorités », nous explique Céline habitant le quartier Atrone. « C’est avec ça qu’on utilise pour
préparer la bili [la bière du mil germé, Ndlr], le bois coûte trop cher », nous confie Denemadji en pointant du
doigt un tas de bouses et de fruits de palmier doum qu’une charrette venait de
décharger.
Ces
nouvelles sources d’énergie, très économiques et écologiquement bénéfiques,
utilisées beaucoup plus pour la fabrication des briques cuites gagnent
désormais les ménages de la capitale.
L’urgence d’une vulgarisation
des équipements adéquats au besoin culinaire
Que ne
fut pas notre surprise lorsque nous visitions l’Agence de l’Énergie Domestique
et de l’Environnement (aede) ?
Tous les équipements fabriqués localement, indispensables à l’usage multidimensionnel
de la bonbonne de gaz, s’y trouvent. Des kits les plus utilisés, en passant par
les foyers de grande capacité au barbecue à gaz, tout ce qu’il faut pour
résoudre le problème d’inadaptation du kit à des cuissons d’une certaine
quantité y est. Il ne reste juste qu’une campagne de vulgarisation afin de les
porter à la connaissance des ménages tchadiens.
Des
efforts méritent d’être faits sur ce point par l’aede qui doit aussi songer à vulgariser les foyers améliorés
et les sources d’énergies écologiques en faveurs des couches défavorisées et
surtout dans les zones rurales. Car le danger de la dégradation de
l’environnement est bien réel donc mieux vaut le prévenir que de le guérir.
ALLAH-NDIGTA David
*Article écrit dans le cadre d'un projet de création de magazine LE REFLET initié par Aziza BAROUD

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